Du vert, du neuf, du buzz !

Ce que vaut techniquement la proposition du groupe Ginger, appuyé par Vinci et l’architecte Claude Bucher de faire de la Tour Eiffel le plus "grand arbre du monde" en la végétalisant, je suis bien incapable de le dire. En revanche, l’effet de nouveauté, la publicité formidable pour Paris, la drôlerie et la…verdeur du projet me paraissent incontestables. On parle à ce jour d’un coût supérieur à 70 millions d’euros, tout de même, mais quelle belle pub pour la Tour, pour Paris ! Que de buzz assuré sur la toile mais aussi auprès des médias du monde entier !
Souvenons nous de l’hostilité, pour ne pas dire de la haine, que souleva le projet d’Eiffel à la fin du 19ème siècle. Résultat ? en quelques décennies, la Tour est devenue le symbole international de la capitale. Aujourd’hui, pour un chinois, comme pour un albanais ou un mexicain et on en passe, Paris, c’est d’abord la Tour Eiffel. Imaginons qu’elle se verdisse. Quel beau signal ! Quelle belle idée ! Quelle superbe image ! Et puis, révons un peu, cela pourrait contribuer à redorer le blason des parisiens frileux face aux tours. Et ça, ça vaut bien plus de 70 millions….

Soumis à la rigueur, les pros ont le blues

Touchés cette semaine par les annonces d’austérité du Premier ministre, les professionnels de l’immobilier sont en plein désarroi. Voire pour certains, en colère, comme en témoignent les réactions dont nous publions, cette semaine, une synthèse dans la lettre Immoweek Logement. Et, après la taxation des plus-values immobilières, qui a peut être provoqué la mise inopinée sur le marché de quelques petites surfaces mais a surtout incité d’autres propriétaires à retirer leurs biens du marché, les intentions exprimées par le gouvernement n’auront guère été de nature à apaiser les craintes et à dynamiser le marché. Résultat : les perspectives, pour la fin de l’année 2011 et plus encore pour 2012 sont difficiles à envisager de manière sereine. D’autant qu’un autre motif d’inquiétude est aujourd’hui avéré : le comportement du marché du crédit, bouleversé par les données macro-économiques et la crise européenne. Alors que la production de crédits avait augmenté de 19,1%, sur un an, au premier semestre, le troisième trimestre enregistre un important décrochage, avec une baisse de 13,7 %. Au final, souligne le professeur Mouillart, auteur de l’étude que publie le Crédit logement/CSA sur le marché du financement, le montant des crédits immobiliers accordés par les banques devrait s’élever à “environ 155 milliards d’euros en 2011, soit une baisse de 8 % par rapport à 2010 (168,8 milliards), année proche du record absolu de 2007 (170,2 milliards)”. Un “attentisme” des acteurs financiers des marchés, un attentisme des acheteurs et des vendeurs que seules peut être des propositions politiques permettraient d’enrayer. La “crise du logement” est plus que jamais à l’ordre du jour ; les pouvoirs publics sont centrés sur la dette. Valeur refuge, mais aussi et surtout marché de nécessité, le logement, dans son acception politique, n’est pour l’instant guère présent dans le discours des candidats à la Présidentielle. Une vision politique et des propositions à long terme seraient donc les bienvenues. Le sujet mériterait même leur bienveillante attention…
Et vous, qu’en pensez-vous ?

Catherine Bocquet

La RIVP, une transparence bienvenue

On se souvient que, l’été dernier, le rapport de la chambre régionale des comptes d’Ile-de-France avait attiré l’attention, côté logement, sur « la situation particulière des personnalités », délicat euphémisme pour signifier que certains élus sont toujours logés dans les immeubles dépendant de la Ville de Paris. Fait rare, et à notre connaissance, sans équivalent : le président de la RIVP, Pierre Aïdenbaum, au lieu de "noyer le poisson" affirma sans ambages qu’il avait "envoyé un courrier à toutes ces personnes afin de leur demander, par souci d’exemplarité, de quitter leur logement." Le maire du 3ème arrondissement avait manifestement reçu des réponses parfois génées ou dilatoires. L’ancien ministre de la défense, désormais (encore !) candidat, Jean-Pierre Chevènement, avait immédiatement affirmé de na pas vouloir partir. Comme un autre ancien ministre (UMP celui là), il expliquait qu’il s’agit d’un "logement à loyer normal". Ne rentrons pas dans les détails de cet appartement de la rue Descartes (ah, le charme du 5ème arrondissement à bas prix !) Ce qui parait plus intéressant est la transparence adoptée par la RIVP dans cette affaire. La Régie, qui a la bonne idée de s’installer dans le 13ème (et non dans le si chic 5ème !), a raison d’ouvrir ses dossiers. Peut être aussi faudrait il prévoir, en dehors du "sur-loyer" HLM désormais applicable, un "sur-loyer" destiné aux logements "sociaux" non HLM. La rue Descartes, pour un auguste sénateur, y perdrait sans doute de son charme. Pour se rendre à la Haute Assemblée, il suffit en effet de traverser le jardin du Luxembourg….

Pascal Bonnefille

Encore, et toujours, Haussmann !

Les éditions Parigramme viennent de publier un ouvrage signé par Pierre Pinon, architecte et historien intitulé "Paris détruit". Le sous-titre est à lui seul un programme : "du vandalisme architectural aux grandes opérations d’urbanisme". Ce beau livre de 320 pages, à l’iconographie soignée, fait le point des destructions, surtout volontaires, qui ont émaillé l’histoire de la capitale. Et de citer le Palais-Rose de Boni de Castellane, la prison de la Petite Roquette, l’hôtel Hesselin ou le presbytère de Saint-Séverin, aujourd’hui disparus. Comme tant d’autres. Même si notre auteur fait le procès de l’alignement et du façadisme -et comme il a raison !- , on sent que son coeur le pousse vers les sociétés de sauvegarde et de protection du patrimoine, comme la Commission du Vieux Paris, dont il fait partie. Dans une interview au Figaro de ce jour, il cite ainsi Georges Pompidou comme premier (et dernier ?), "en terme de quantité" responsable des "destructions". Et bien sûr, Haussmann, bien sûr "en terme de qualité" du patrimoine détruit. Mais si Paris avait été au XIXème siècle la ville "classée" (peut on dire cadenassée?) qu’elle est aujourd’hui, quel serait aujourd’hui le sort de la capitale ? Une question que, parfois, on aimerait voir se poser…
Pascal Bonnefille
pbonnefille@immoweek.fr